Traduction de l’ancienne version (milieu 2017) de Introduction to Effective Altruism

 

Introduction

La plupart d’entre nous voulons avoir un impact. Nous voyons la souffrance, les injustices et la mort, et nous sommes naturellement amenés à vouloir faire quelque chose pour aider. Mais savoir quoi faire, sans parler de comment le mettre en oeuvre, est un problème difficile.

Quelles causes devriez-vous soutenir si vous voulez réellement avoir un impact ? Quels choix de carrières vous aideront à contribuer de façon significative ? Quelles œuvres de charité utiliseront vos donations de manière efficace ? Si vous ne choisissez pas correctement, vous risquez de perdre votre temps et votre argent. Mais si vous choisissez soigneusement, vous avez de grandes chances d’améliorer le monde.

Cet article est une introduction à l’altruisme efficace (AE), qui consiste à utiliser des preuves de qualité et un raisonnement rigoureux pour trouver comment aider au mieux les autres. Son but est de vous aider à trouver comment faire le plus de bien. Il vous aidera à réfléchir à quelles causes devraient être prioritaires et à comment utiliser votre argent ou votre temps pour commencer à avoir un impact dès maintenant.

Une opportunité exceptionnelle de faire le bien

L’Histoire contient de nombreux exemples de personnes qui ont eu un énorme impact positif sur le monde.

Irena Sendler sauva 2500 enfants juifs pendant la Shoah en leur fournissant de fausses identités et en les aidant à s’échapper du ghetto de Varsovie.
Les recherches de Norman Borlaug sur le blé résistant aux maladies précipitèrent la “Révolution verte”; on lui attribue d’avoir sauvé la vie de centaines de millions de personnes.
Stanislav Petrov
 empêcha une guerre nucléaire dévastatrice simplement en restant calme sous la pression et en décidant de désobéir aux ordres.

Ces personnes peuvent avoir l’air de héros extrêmement courageux ou doués, ou qui ont juste eu la chance d’être au bon endroit au bon moment. Pourtant, en faisant des choix judicieux, vous aussi pouvez avoir un impact positif énorme sur le monde.

La manière la plus simple de se rendre compte de cela est de regarder l’impact que votre argent peut avoir. Si vous lisez ceci, vous êtes probablement extrêmement riche à l’échelle mondiale. Pour vous rendre compte de votre richesse, essayez d’estimer à quel point vous êtes riche sur le plan global et passez ensuite ce test.

Par exemple, si vous percevez chaque année le revenu français médian, et si vous donnez  10% de vos revenus à l’Against Malaria Foundation, vous sauveriez probablement plus d’une douzaine de vies durant la vôtre.

C’est une donnée tellement incroyable qu’il est difficile de la saisir vraiment. Imaginez qu’un jour, vous voyez un bâtiment en feu, enfoncez la porte et courrez sauver un petit enfant. Vous auriez l’impression d’être un héro — ce serait un des jours les plus importants de votre vie. Les recherches montrent que vous pouvez accomplir cela, chaque année ou tous les deux ans, pour le reste de votre vie.

De plus, cela ne prend pas en compte les bénéfices à long terme de vos actions. Quand Irena Sendler sauva ces enfants juifs, cela permit à des générations de personnes d’être maintenant en vie. De la même manière, en aidant des personnes souffrant aujourd’hui de la pauvreté, vous apportez une aide à la communauté qui se répercutera pendant des décennies.

Par ailleurs, le potentiel que vous avez de faire le bien ne se limite pas à votre argent. En plus de faire partie des personnes les plus riches au monde, vous faites probablement aussi partie des gens les plus éduqués et les plus qualifiés. En réalité, il est possible que vous puissiez faire encore plus de bien avec votre temps qu’avec votre argent. Lincoln Quirk, inspiré par l’altruisme efficace, a cofondé Wave, une entreprise qui devrait permettre à des centaines de millions de dollars supplémentaires d’affluer en direction de pays pauvres.

Beaucoup de tentatives de faire le bien échouent, alors que les meilleures sont réellement exceptionnelles

Réussir à profiter de l’opportunité qui s’offre à nous est difficile. Si nous ne réfléchissons pas soigneusement à comment faire le bien, nous risquons de perdre notre temps et notre argent à faire des choses qui n’ont pas réellement d’impact.

Considérons une histoire typique sur la volonté de faire le bien — le Playpump.

Le Playpump est un dispositif qui ressemble beaucoup au manège tournant avec lequel vous  jouiez probablement au parc quand vous étiez enfant. Il est installé dans plusieurs pays au sud de l’Afrique. Lorsque les enfants jouent sur ce manège, l’axe rotatif actionne une pompe qui puise de l’eau en profondeur — une source d’eau propre et fraîche. L’eau est stockée dans un réservoir couvert de publicités, ce qui fournit des fonds, et donc permet au système dans son ensemble de ne coûter presque rien. Sur le papier, cette idée de fournir des équipements de jeu aux enfants et de l’eau au village semble être géniale. Au début des années 2000, des entreprises comme Colgate ou Ford, et des célébrités telles que Jay-Z et Beyoncé ont investi pour mettre en place de nouveaux Playpumps dans des communautés rurales pauvres; Bill Clinton en parla comme d’une innovation formidable.

En réalité, le Playpump fût une idée désastreuse.

Les manèges tournants sont amusants parce qu’ils continuent à tourner une fois que l’on saute dessus — la résistance provenant de la pompe à eau faisait que le Playpump nécessitait un effort constant pour continuer à tourner. La partie amusante du jeu avait presque complètement disparu, et ce qui semblait à première vue être un équipement de jeu ressemblait de plus en plus à un dispositif favorisant le travail des enfants. Des femmes plus âgées devaient alors faire tourner la pompe — une tâche qu’elles trouvaient particulièrement dégradante. Parfois des enfants étaient payés pour ne pas aller à l’école et faire tourner le manège. Les entreprises refusèrent de faire de la publicité sur les réservoirs, ce qui eu pour conséquence qu’au lieu de ne rien coûter, le système devint très cher à installer (environ 14,000$ au lieu de 3,000$ pour une pompe manuelle classique). De plus, ils n’étaient même pas vraiment fonctionnels : pour fournir assez d’eau pour les besoins journaliers du village, il aurait fallu faire tourner le Playpump 27 heures par jour.

Le Playpump n’est pas un exemple unique de bonne intention qui se transforme en échec. Dans une étude sur des Écossais faisant du parachute pour lever des fonds pour des oeuvres de charité, les auteurs découvrirent que, parce qu’il y avait tellement d’accidents de novices, pour chaque livre sterling que les parachutistes avaient levé, cela avait coûté 13 livres à la sécurité sociale. Des études sur Scared Straight — un programme toujours populaire qui tente de décourager de jeunes délinquants de poursuivre une vie de crime en leur faisant visiter des prisons — ont découvert que le programme augmentait le taux de criminalité. Un “think tank” estime qu’à cause de cela, chaque dollar dépensé pour le programme coûte 200 dollars à la société. Enfin, une étude estime que la plupart des interventions, une fois bien évaluées, n’ont peu, voire pas d’effet.

Dans la plupart des situations de la vie, nous savons qu’il est important de s’appuyer sur des preuves et sur la raison pour prendre des décisions, plutôt que sur notre intuition et des conjectures.

Lorsque nous cherchons un traitement médical, nous voulons un traitement dont l’efficacité a été prouvée par des essais scientifiques. Lorsque nous investissons de l’argent, nous essayons d’obtenir autant d’information que possible sur toutes les options disponibles afin de trouver celle qui nous fournira le meilleur retour sur investissement. Lorsque nous nous apprêtons à acheter un produit, nous lisons les avis de consommateurs pour savoir si ce que nous achetons marche vraiment.

Malgré cela, quand il s’agit de faire le bien, nous perdons trop souvent ces standards. Nous donnons à des associations caritatives seulement parce que quelqu’un nous a approché dans la rue, sans savoir à quoi sert notre argent. Nous nous portons volontaire dans des organisations parce qu’elles sont locales, et non parce qu’elles sont efficaces. Nous achetons des produits “éthiques” parce qu’ils ont certains labels, mais nous ne cherchons pas la signification exacte de ces labels.

En conséquence, de bonnes intentions sont souvent gaspillées parce que les gens utilisent leur temps et leur argent d’une manière qui fait peu de bien par rapport à ce qu’il serait possible.

Pour s’assurer de faire le plus de bien possible, nous devons être prêt à comparer les coûts et les avantages de différentes actions. Considérez par exemple l’école à 40 millions de dollars que la présentatrice télé Oprah Winfrey finança en Afrique du Sud en 2007. Cela peut avoir été formidable pour les 150 jeunes femmes qui ont eues l’opportunité de s’y rendre. Mais en parallèle il est possible de construire une école en Angola pour 30,000 dollars — ce qui signifie qu’un groupe bien organisé d’écoliers pourrait probablement faire une levée de fonds suffisante pour avoir un impact similaire à celui d’Oprah. Oprah aurait de son côté pu financer plus d’un millier d’écoles avec la même sommet et ainsi offrir une éducation de base à des dizaines de milliers de jeunes supplémentaires.

En considérant seulement le montant du don, 40 millions de dollars semblent être une contribution très généreuse. Cependant, en considérant toutes les autres choses auxquelles cet argent aurait pu servir, cela ressemble plutôt à une opportunité gâchée.

Bien sûr, il est facile de pointer du doigt des exemples d’excès de célébrités, mais nous faisons tous face à des choix similaires quand on décide de la manière dont on souhaite aider. Nous devrions nous assurer que nous ne manquons des opportunités quand on investit notre temps et notre argent dans des projets qui sont moins efficaces que la meilleure option qui s’offre à nous.

Des économistes qui travaillent sur le développement au Poverty Action Lab du MIT ont montré que de nombreux programmes (par exemple, ceux prévus pour augmenter l’assiduité à l’école) ne font rien, et que parmi ceux qui ont un impact mesurable les meilleurs ont plus de dix fois l’impact de la moyenne.

Comparer les différentes manières de faire le bien est difficile, aussi bien d’un point de vue émotionnel que pratique, mais ces considérations sont vitales pour s’assurer que nous aidons les autres du mieux que l’on peut. Et pour ce qui est de faire le plus de bien, le choix le plus important est celui de la cause à soutenir.

Quelle cause soutenir ?

Le monde est de plus en plus pacifique et prospère. Alors que les médias ont tendance à se concentrer sur les informations négatives, le monde est en réalité plus sûr que jamais, les gens ont des vies plus longues et vivent en meilleure santé, et les opportunités ouvertes à la personne moyenne grandissent de jour en jour. Ces changements nous montrent que de grandes améliorations de notre qualité de vie sont possibles et peuvent même parfois arriver très rapidement.

Des efforts concertés pour améliorer le monde ont déjà eu un succès formidable. Examinons quelques exemples. Le nombre de personnes vivant sous le seuil de pauvreté (selon la World Bank) a été divisé par plus de deux depuis 1990, le nombre de décès annuels dus à la malaria a été divisé par deux depuis l’an 2000. Nous avons vécu la Guerre Froide sans qu’une seule ogive nucléaire n’explose à la suite d’un acte d’agression entre des pays. Au cours des derniers siècles, nous avons aboli l’esclavage, réduit drastiquement l’oppression des femmes, et dans plusieurs pays nous avons fait de grands pas pour assurer les droits et l’acceptation des personnes LGBTQ.

Mais de nombreuses personnes ont été oubliées. Un milliard de personnes vivent avec moins de 2 dollars par jour (2 dollars ici étant équivalent à ce que 2 dollars permettent d’acheter aux Etats-Unis  — pas beaucoup plus que quelques sacs de riz). Des millions de personnes meurent chaque année de problèmes évitables tels que la malnutrition, la diarrhée ou la malaria. Et notre prospérité et longévité apportent elles aussi leurs lots de problèmes. L’industrialisation de notre agriculture implique que des milliards d’animaux passent leur vie dans des conditions inhumaines dans les élevages intensifs, avant d’être abattus. Le changement climatique, la concurrence sur les ressources et les nouvelles technologies peuvent potentiellement avoir des effets négatifs sur des milliards d’individus dans le futur.

La cause que vous choisissez de soutenir va certainement être le facteur le plus déterminant de l’importance de votre impact positif. Si vous choisissez une cause  pour laquelle il est impossible d’aider énormément de personnes ou pour laquelle il n’y a juste aucune bonne manière de résoudre le problème, alors cela limitera significativement l’impact que vous pouvez avoir.

Beaucoup de personnes démarrent avec une cause prédéterminée. Il y a de nombreuses raisons à cela, comme le fait d’avoir vu le problème de près,  d’en avoir entendu parler dans l’actualité, ou encore d’avoir un ami qui donne déjà à une organisation particulière.

Mais si nous choisissons une cause seulement parce qu’elle apparaît devant nous, nous risquons de négliger les plus grand problèmes moraux de notre époque. William Wilberforce était une des figures clés dans le mouvement pour l’abolition de l’esclavage au 18ème et 19ème siècle. Imaginez s’il avait  plutôt choisi d’utiliser son énergie et son influence pour  défendre les droits des ouvriers blancs parce que ça aurait été la cause qui le passionnait le plus. Le monde serait alors dans un bien plus mauvais état.

Malheureusement, la plupart des gens ne choisissent pas de travailler pour les causes les plus importantes. En conséquence, même s’ils font du bien, ils passent à côté de l’opportunité d’améliorer bien plus les choses.

Considérons une seule des manières d’avoir un impact — le don d’argent.

Une très grande quantité d’argent est donnée chaque année. Rien qu’aux Etats-Unis, 373 milliards de dollars ont été donnés en 2015. Au Royaume-Uni 10 milliards de livres sterling ont été données par des particuliers — un montant comparable à ce que dépense le Royaume-Uni en aide humanitaire extérieure.

Mais la plupart de ces donateurs choisissent de donner au sein de leur propre communauté. Et bien qu’il soit compréhensible que les gens veuillent améliorer les choses là où ils peuvent voir le bénéfice de leurs donations, le résultat est que l’argent va aux personnes qui s’en sortent déjà bien d’un point de vue mondial, plutôt qu’à ceux qui en ont le plus besoin.

L’entrepreneur américain Marc Benioff, directeur général du logiciel informatique Salesforce, a donné plus de 100 millions de dollars à des hôpitaux pour enfants basés à San Francisco. Il est peu probable que ces hôpitaux sauvent beaucoup plus de vie à la suite de cette donation, en grande partie parce que le système de santé des Etats-Unis fournit déjà un très haut niveau de soins si on réfléchit à l’échelle mondiale. Cette même donation faîte à des associations caritatives très efficaces qui travaillent dans des pays pauvres aurait sauvé des milliers de vies.

Le magnat de l’industrie de la musique David Geffen a donné 100 millions de dollars pour rénover l’opéra du Lincoln Centre, et 100 millions de dollars pour moderniser le Musée d’Art Moderne, tous deux situés à New York. Même si ces donations rendront ces lieux plus agréables pour les amateurs de musées ou de théâtre, il est facile de voir que beaucoup plus de bien aurait pu être accompli si cet argent avait été utilisé pour des besoins plus pressants.

Malheureusement, la plupart des grosses donations suivent le même schéma. En réalité, la majorité des donations de plus d’un million de dollars reste dans les pays riches, et seulement 11% de l’argent est donné pour l’étranger.

Et ce ne sont pas seulement les milliardaires qui ne choisissent pas de donner le plus efficacement possible. Sur les 373 milliards de dollars donnés à des œuvres de charité aux Etats-Unis, seulement 4% du total a été donné à des associations qui opèrent à l’international.  Seulement 12% des 10 milliards donnés au Royaume-Uni en 2014 furent envoyés à l’étranger.

C’est une opportunité manquée. Certaines des plus belles opportunités d’améliorer les choses se situent à l’étranger. La quantité d’argent nécessaire pour avoir une couverture universelle en moustiquaire anti-malaria — qui comme nous l’avons constaté est un moyen incroyablement efficace pour empêcher les morts et la souffrance — était estimée à 200 millions de dollars en 2015. Les donations de David Geffen pour des instituts culturels  auraient pu, à elles seules, être presque suffisantes.

Et nous ne devrions pas seulement nous concentrer sur les donations. En effet, quand les gens choisissent très souvent de donner de leur temps à certaines causes, c’est plus parce qu’elles paraissent plus visibles et proches que parce qu’elles sont efficaces.

Si vous voulez trouver sur quelle cause vous concentrer, il est important de réfléchir à la raison pour laquelle vous souhaitez aider les autres. Pensez-vous qu’il est mauvais  de souffrir et mourir d’un problème  en particulier (comme le cancer, la malaria, ou la guerre), ou pensez-vous que toute souffrance et toute mort est mauvaise, quelle que soit la cause ? La plupart des gens, après réflexion, serait d’accord pour dire que si l’on veut améliorer la vie des  personnes, alors la cause de leur souffrance ne devrait pas avoir d’importance — la chose importante est le fait qu’ils souffrent.

En restant ouvert à l’idée de travailler sur des causes différentes, nous sommes capables de nous tourner vers le domaine où nous pouvons avoir le plus d’impact, sans nous enfermer  trop tôt dans une cause.

Les causes prometteuses

Alors comment choisir la cause sur laquelle se concentrer ? Nous avons trouvé que le cadre de pensée suivant était utile.  Nous pensons qu’il est important de travailler sur des causes lorsqu’elles ont un impact et une échelle importants (elles améliorent grandement la vie de beaucoup de monde), lorsqu’elles ont un potentiel d’amélioration (des ressources supplémentaires permettront effectivement de résoudre le problème), et lorsqu’elles sont négligées (peu de personnes travaillent à résoudre ce problème).

Sur la base de ce raisonnement, il y a plusieurs causes qui ont une importance particulière au sein de la communauté AE.

Ces choix ne sont pas figés. Ils représentent simplement notre meilleure estimation des causes où on peut avoir l’impact le plus important, en prenant en compte les données disponibles actuellement. Lorsque de nouveaux éléments seront présentés qui suggèrent que d’autres causes sont plus prometteuses, nous devrons travailler sur celles-ci à la place.

Combattre l’extrême pauvreté

Environ 900 millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté fixé par la Banque Mondiale à 1,90 dollar par jour. Les maladies associées à l’extrême pauvreté, comme la malaria ou des maladies véhiculées par l’eau, tuent des millions de personnes chaque année. Une mauvaise nutrition dans les pays en développement peut amener à des déficiences cognitives, des malformations congénitales et à un retard de croissance.

La plus grande partie de ces souffrances peut facilement être empêchée ou atténuée. Une moustiquaire anti-malaria coûtent environ 2,5 dollars. Avec une assistance technique, des pays peuvent fortifier la nourriture de base comme la farine avec des micronutriments essentiels (comme le fer, l’iode et des vitamines) pour très peu cher. Traiter un enfant qui souffre d’une infection parasitaire coûte moins de 1,5 dollar.

Mettre en place des campagnes médiatiques de masse pour encourager un changement d’habitude et d’hygiène est une manière prometteuse d’améliorer la santé et le bien-être, et cela peut significativement améliorer l’efficacité d’autres services de santé. Et simplement transférer de l’argent aux personnes très pauvres les rend directement autonome économiquement, leur permettant d’avoir plus de contrôle sur leur vie.

Non seulement améliorer la santé empêche la souffrance directe associée à la maladie et la mort, mais cela permet aussi aux populations de participer plus pleinement à l’éducation et au travail, et en conséquence de gagner plus d’argent et d’avoir plus d’opportunités par la suite.

La souffrance animale

Beaucoup de personnes dans la communauté de l’altruisme efficace pensent que nous devrions aussi nous intéresser au bien-être des animaux non-humains. En particulier, les avancées de l’agriculture industrielle impliquent que des milliards d’animaux chaque année sont détenus dans les élevages intensifs dans des conditions inhumaines, et la plupart sont abattus prématurément pour leur viande. Les défenseurs de leur bien-être affirment qu’il est relativement peu cher de réduire la demande pour la viande d’élevages intensifs, ou de promulguer des changements législatifs pour améliorer le bien-être des animaux d’élevage,  et que le nombre d’animaux concernés par ces avancées est tel qu’on peut empêcher une grande quantité de souffrance.

Le futur de l’espèce humaine

Si nous pensons que nous devons nous soucier des personnes qui existent à l’heure actuelle, mais qui vivent dans d’autres parties du monde (c’est-à-dire, ceux qui sont séparés de nous dans l’espace), alors certaines personnes affirment que nous devrions aussi nous soucier des générations futures (c’est-à-dire, ceux qui sont séparés de nous dans le temps).

Le nombre de personnes qui pourraient exister dans le futur est astronomique. S’assurer que l’espèce humaine continue à exister et que son futur à long-terme soit positif paraît donc très important.

Cependant, il y a beaucoup de raisons pour lesquelles nous pourrions ne pas avoir un futur à long-terme très positif. Le changement climatique et les guerres nucléaires sont des menaces pour la survie de notre espèce bien connues. Mais des technologies émergentes, comme la géo-ingénierie et la création de nouveaux pathogènes, présentent des risques nouveaux au moins aussi importants. Et certaines autres technologies qui seront développées dans les prochaines décennies, comme les intelligences artificielles avancées, ont le potentiel de radicalement déterminer l’avancée de l’humanité pour les siècles à venir. Beaucoup de personnes dans la communauté AE choisissent donc de s’assurer que nous puissions bénéficier de ces avancées technologiques tout en atténuant le risque associé.

Les autres causes

Il y a bien d’autres causes prometteuses qui, bien que n’étant pas actuellement un centre d’intérêt principal de la communauté AE, sont de potentiels candidats pour avoir un très gros impact. Cela inclut :

  • La recherche scientifique fondamentale
  • Des améliorations dans le milieu scientifique, concernant par exemple l’augmentation de la transparence et la reproduction des résultats
  • La recherche en santé mentale et troubles neurologiques, particulièrement sur la dépression ou l’anxiété, et l’amélioration de l’accès à des traitements dans les pays en développement
  • Certaines formes de recherche contre le cancer et les traitements associés
  • La prévention, adaptation et atténuation du changement climatique
  • Le contrôle du tabac
  • La prévention des accidents de la route
  • Des réformes du système de justice américain
  • Des réformes de l’immigration et des politiques d’échange

Bien sûr, il est possible que nous ayons négligé des causes très importantes. Donc une autre manière d’avoir un très grand impact peut être de trouver de nouvelles opportunités de faire le bien qui sont potentiellement à fort impact, mais que d’autres auraient manqué.

Le Open Philanthropy Project a enquêté sur une série de différents types de causes, dans le but de trouver celles qui offrent le plus d‘opportunités pour de grosses subventions. (Notez que la cause la plus importante varie d’une personne à l’autre, selon ses compétences ou des circonstances personnelles). Leur liste actuelle de causes les plus importantes inclut la santé et le développement dans le monde, la recherche scientifique, le bien-être des animaux d’élevage, la réforme de la justice pénale aux États-Unis, la réforme de l’immigration, la biosécurité et l’intelligence artificielle.

Si vous voulez explorer certains de ces choix plus en détail, nous avons créé un outil de priorisation des causes pour vous aider à décider sur quelle cause vous concentrer.

Quelle carrière choisir ?

La plupart d’entre nous passons une partie significative des moments productifs et éveillés de notre vie — plus de 80,000 heures — à travailler. C’est une quantité énorme de ressources qui peuvent être utilisées pour rendre le monde meilleur.

Souvent, les choix de carrière “éthique” typiques sont trop restreints. Le conseil le plus souvent donné est de simplement travailler pour une ONG : mais beaucoup d’ONG sont inefficaces, ou travaillent sur la mauvaise cause, ou ne vous mettront pas en position d’acquérir des compétences et des expériences nécessaires pour avoir un impact important à long terme.

Nous pensons que la recherche scientifique, le travail en politique et sur les législations, l’entreprenariat et le travail pour des organisations hautement efficaces (à but lucratif ou non lucratif) sont des parcours professionnels très prometteurs. Une autre option est de «gagner pour donner» : prendre délibérément une carrière très lucrative dans le but de faire don d’une proportion importante de vos gains; si vous possédez une compétence qui est en forte demande, vous pourrez parfois faire des dons suffisamment importants pour financer plus de travail que ce que vous auriez pu accomplir vous-même. Une dernière option, compatible avec certaines des précédentes, est le développement de compétences : prendre un travail dans le but principal de développer ses compétences, ses expériences, ses références et son réseau qui vous aideront à avoir un impact encore plus important plus tard dans votre vie.

Contrairement au cas des donations, votre adéquation personnelle avec une carrière donnée est très importante. Mais nous devons y réfléchir de manière appropriée. Le conseil de carrière standard de «suivre sa passion» n’a souvent pas beaucoup de sens, surtout si votre passion ne correspond à aucune des causes les plus importantes. Mais déterminer l’endroit où vous pouvez travailler et où vous pourrez exceller est très important. La passion est également beaucoup moins pertinente que vous ne le pensez  — il s’avère que d’autres facteurs influent beaucoup sur votre satisfaction professionnelle.

80,000 Hours est une organisation dédiée à aider les gens à trouver quelle carrière leur permettra de faire le plus de bien. Ils fournissent un guide sur les concepts les plus importants et pertinents pour votre choix de carrière, un ensemble d’outils pour vous aider à prendre une décision, et ils ont effectué un grand nombre de présentation de carrière dans un large éventail de domaines.

Quelles associations soutenir ?

L’une des façons les plus faciles pour une personne dans un pays développé d’avoir un impact est de faire des donations aux organisations qui travaillent sur certaines des causes les plus importantes. Les dons d’argent permettent à une organisation efficace de faire plus de bonnes choses, et sont beaucoup plus flexibles que donner de son temps ne l’est (comme le bénévolat).

Comme indiqué plus haut, la plupart d’entre nous ne se rendent pas compte de l’importance de notre richesse relative. Quelqu’un qui touche le revenu médian dans un pays riche fait probablement partie des 5% les plus riches à l’échelle mondiale et est environ vingt fois plus riche que la personne moyenne. Cette richesse relative représente une énorme opportunité de faire le bien si elle est utilisée efficacement.

Donner efficacement

Certaines organisations associées au mouvement de l’altruisme efficace recherchent les causes les plus efficaces auxquelles donner, en appuyant leurs recommandations sur des preuves rigoureuses. La plus importante d’entre elles est GiveWell, qui mène des recherches approfondies sur les causes prometteuses et les organismes caritatifs, et recommande ceux qui représentent selon elle la meilleure opportunité d’avoir un impact important.

Le fait de donner de l’argent ne nécessite aucune compétence particulière, et ce n’est pas quelque chose qui n’a un impact que si le montant des dons est très élevé. Bien qu’avoir plus d’argent vous permet de faire un don plus important, vous pouvez avoir un gros impact même avec un petit don, si vous mettez l’accent sur les meilleures organisations et causes.

Les meilleures organisations recommandées par GiveWell concernent toutes le domaine de la santé et du développement. Ils recommandent Against Malaria Foundation, qui distribue des moustiquaires pour protéger les enfants contre le paludisme; GiveDirectly, qui permet des transferts d’argent sans contraintes à des individus très pauvres; et Schistosomiasis Control Initiative et Deworm the World, qui traitent les personnes ayant des infections parasitaires.

Un autre évaluateur important d’organisations caritatives – bien que beaucoup plus petit que GiveWell – est Animal Charity Evaluators, qui se concentre sur la recherche des associations de défense des animaux les plus efficaces. Ils recommandent The Good Food Institute, Mercy for Animals, et The Humane League, le premier a comme objectif de transformer l’agriculture animale en faisant la promotion du développement d’alternatives à la nourriture animale tandis que les deux autres font de la sensibilisation pour encourager les gens à réduire leur consommation de viande.

Malheureusement, il n’existe actuellement aucune organisation qui fournit au donateur moyen des recommandations sur les meilleures associations pour le futur à long terme. Certaines organisations que la communauté AE soutient dans cette catégorie comprennent le Future of Humanity Institute, le Machine Intelligence Research Institute, Cool Earth, l’UPMC Center for Health Security et le Ploughshares Fund.

S’engager à donner

Il est facile de prévoir de donner un montant important à des organisations caritatives, mais il peut être difficile de s’y tenir. Une façon de nous forcer à nous y tenir est de faire une promesse publique de dons.

Giving What We Can a un tel système d’engagement qui demande aux gens de donner 10% de leur revenu tout au long de leur vie, aux organisations qui permettront les plus grandes améliorations dans le monde. The Life You Can Save a un système d’engagement similaire qui démarre à 1% du revenu annuel pour les organisations qui luttent contre les effets de l’extrême pauvreté.

S’impliquer

L’altruisme efficace est un ensemble d’idées. Mais ces idées n’ont aucun intérêt si elles ne sont pas appliquées. Il existe une communauté croissante de personnes qui prennent ces idées au sérieux et qui les mettent en pratique.

La communauté

Plus de 3 000 personnes ont pris l’engagement de Giving What We Can de faire don de 10% de leur revenu aux organisations les plus efficaces tout au long de leur vie. Des centaines de personnes ont considérablement changé leurs plans de carrière sur la base de l’altruisme efficace. Et il existe plus d’une centaine de groupes locaux sur l’altruisme efficace.

Vous pouvez lire plus de ces histoires dans notre page des profils de la communauté.

Commencer à agir

Si vous êtes inspiré par l’idée de l’altruisme efficace, il existe plusieurs façons d’agir.

Autres lectures

Si vous voulez lire sur l’altruisme efficace plus en détail, voici certains livre (en anglais) sur lesquels vous devriez vous pencher :

 

Doing Good Better par William McAskill : LAltruisme efficace et comment vous pouvez améliorer les choses

80,000 Hours par Benjamin Todd : Trouvez une carrière épanouissante qui aide les autres

The Most Good You Can Do par Peter Singer : Comment l’altruisme efficace change nos idées sur ce qu’est une vie éthique

The Life You Can Save par Peter Singer : Agir maintenant pour mettre fin à la pauvreté mondiale